Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La Pépinière était samedi dernier à l'auditorium de la MJC de Meythet.

C'était tellement bien que, d'après certain, ça a mis le feu le lendemain au théâtre de l'Echange !

Il faut dire que cette pièce a de très grandes qualités. Celle de la modestie tout d'abord : la forme n'a absolument rien de révolutionnaire : c'est une comédie amusante sur le thème de la solitude qui est un mal de notre temps. Mais comme souvent, comme toujours dans les pièces "pédagogiques" qu'elle écrit avec facilité et beaucoup de générosité pour les ateliers de théâtre qui en sont les destinataires et les créateurs, ce n'est pas le seul sujet qui y soit abordé. Il y a beaucoup de tendresse et pas mal de cruauté dans la manière de décrire les incompétences et les vanités des uns et des autres, les fuites et les égoïsmes, les difficultés à s'extraire des remparts qu'on a érigés autour de soi-même.

Et puis on y trouve un peu de tout sur tout, et qui ne fait pas de mal : une invitation à réfléchir par soi-même, un certain agacement concernant les canons de beauté et l'impératif de mettre des talons quand est pas d'une taille conforme, un rappel sur la disctinction nécessaire entre la naïveté et la bêtise,  quelques piqûres de rappel qui ne font de mal à personne. 

Le public riait de bon coeur samedi soir : évidemment dira-t-on, puisque c'étaient essentiellement des amis venus nombreux de Chapeiry et alentoursfidèles et attentifs aux progrès constants de cet atelier de théâtre, mais ils ne s'amusaient pas seulement pour faire plaisir, ils ne riaient pas de ce gros rire facile et un peu gras qui accueille les plaisanteries bien lourdes. Ils riaient de bon cœur d'eux-mêmes, ce qui est, faut-il le rappeler, la nature et la raison d'être du théâtre. C'étaient eux qu'ils voyaient sur la scène, hésitants à se saisir du bonheur qui passe, incapable d'éviter les gaffes, blessants par maladresse, touchants lorsqu'ils sont perdus, ridicules lorsqu'ils sont sûrs de leur coup, ignorants de leurs qualités et écrasés sous le poids de leurs défauts supposés, difficilement aimables et pourtant désireux de l'être.

La comédie, comme la chanson, est un genre éphémère. Il s'en écrivait beaucoup auttrefois et certaines d'excellentes, mais seule une petite partie à traversé le temps pour parvenir jusqu'à nous. Du XIXème siècle si prolifique ne restent que quelques Feydeau, Labiche, Courteline, pour lesquels il faut parfois faire effort pour se rappeler le contexte, l'ambiance du temps, les usages... Je ne sais pas si le théâtre de Florence Delorme restera dans les annales de l'art dramatique du XXIème siècle, et je crois qu'elle s'en fiche au demeurant, mais je sais que ce théâtre-là qui fait très sérieusement les choses sans jamais se prendre au sérieux, qui va titiller nos travers avec drôlerie et bienveillance, est une absolue nécessité. 

Alors bravo et merci à ceux-là qui offrent avec courage et simplicité le spectacle de leurs doutes, de leurs frayeurs et de leurs amours dérisoires qui sont aussi les nôtres.

 

 

 

 

Florence Delorme, chroniqueuse de notre temps
Florence Delorme, chroniqueuse de notre temps
Tag(s) : #Chapeiry Acte un, #Florence Delorme