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Il faut dire le bien qu'on pense, ne pas le garder pour soi, faire de la place pour en penser encore d'autre, s'ouvrir le cœur et l'âme dans ce monde d'étroitesse et de mesquinerie. Porras sait "ouvrir", même ce qui est bien fermé.

Henrik IbsenIbsen, j'étais vraiment pas fan. Même, je ne comprenais pas très bien ce qu'on pouvait trouver à La Maison de Poupée, je trouvais l'engouement pour cette sorte de théâtre tout à fait surfaite, "parisienne" d'une certaine façon. Bon, d'accord, je me suis trompé. Depuis ce soir je comprends que j'ai dû rater quelque chose et je relirai la Maison de Poupée, Hedda Gabler et le Canard Sauvage, à la lumière de ce que j'ai vu et compris ce soir. Ce type aux monstrueux favoris devait effectivement cacher derrière son aire de pasteur protestant, une profonde considération pour les femmes. En tout cas, là, il en parle très bien. La question c'est : est-ce qu'il en parlerait aussi bien sans le sous titrage d'Omar Poras ?

 

En tout cas excellente soirée à Bonlieu qui est bien beau et bien pimpant. Bien joliment sonore aussi, ce qui n'était pas le cas auparavant autant qu'il m'en souvienne, le son atteignait péniblement le fond, là, - était-ce par la grâce d'une amplification bien faite - les délicieux intermèdes musicaux au piano, pourtant baladé d'un bout à l'autre du plateau, passaient à merveille. 

Mais je ne veux pas jouer les critiques avertis : j'ai passé un moment de rêve. Tout me plait dans ce théâtre, la transposition permanente, le dédain du réalisme, la certitude qu'un comédien est avant tout un danseur et que son corps parle longtemps avant et après lui. Dans,  ce monde là, je respire et je me sens en sécurité même lorsque la note est un peu forcée, même lorsque le personnage féminin cesse d'être défendable à force d'outrance et de volte-faces. 

Le nombre de choses que Porras fait dire à la mise en scène et qui ne sont peut-être même pas dans le texte, auxquelles Ibsen n'a peut-être même jamais pensé lui-même, est proprement stupéfiant et très libérateur : on n'est jamais à l'abri d'une émotion, d'un choc, qui arrive fourré-caché et vous attrape en douce, presque en traître. Le personnage ridicule et un peu fou devient très touchant comme l'amoureux éconduit, le mari toujours vieux et faible, souvent  étroit d'esprit, reste désespérément attachant et la femme est toujours agaçante, tellement délicieusement agaçante !

 

Ah là là. Ce théâtre-là rend meilleur, pas de doute.

 

Ibsen / Porras La dame de la mer
Tag(s) : #On a vu